Unité nationale : Ombres et limites d'un projet permanent
Cette année encore, les camerounais vont se masser autour de l'idéal d'unité nationale dont le rêve s'est déclenché après le référendum de Mai 1972. Au delà de la célébration et du folklore festif, c'est aussi une occasion d'étudier les failles de cette unité qui se construit sans cesse.
20.05.08 Par Adrien NENGWE et Mohamadou HOUMFA
Le 20 Mai 1972, feu, le président Ahidjo organisa un référendum qui abolissait le fédéralisme et constituait une république centralisée et divisée en provinces administratives. C'est un peuple séparé quelques années plutôt par les contraintes historiques qui décidait en son âme et conscience de vivre cette fabuleuse aventure qu'est l'Unité. Une véritable nation camerounaise prenait désormais ses marques. La République Unie du Cameroun comptait sept provinces dont cinq de langue française et deux de langue anglaise. Les écoles des provinces "françaises" continuèrent d'enseigner le français, les provinces "anglaises", l'anglais. Comme le Canada, le Cameroun devint ainsi un pays bilingue avec les deux langues officielles que sont le Français et l'Anglais. A la petite différence que l'usage de la langue française est plus répandue que celui de l'Anglais. Si le tableau d'une intégration semblait se dessiner, les écueils qui se sont dressés sur son chemin sont également nombreux.
Unité : Les difficultés du processus
Le paysage socioculturel du Cameroun est très éclaté. Avec près de 300 langues et autant d'ethnies, la réalisation de l'unité nationale au Cameroun est loin d'être une sinécure. C'est ainsi que les gouvernements successifs de Ahmadou Ahidjo et Paul Biya ont mis en place " une politique d'équilibre régional ". Une sorte d'équation tribale de redistribution des ressources nationales. Elle se manifeste par la prise en compte de la grande diversité ethnique du pays dans la répartition des biens et des richesses du pays, dans la création des emplois, l'affectation des postes ministériels, la direction des grandes entreprises parapubliques, la répartition géographique des investissements sociaux ou industriels, etc. Loin de gommer les crispations ethno-tribales comme elle est sensée le faire, cette politique a souvent contribué à attiser les tensions entre groupes sociaux pour l'accession à des positions politiques et administratives. Ainsi, peut-on évoquer les tensions permanentes entre les provinces du Nord Ouest et Sud Ouest pour le poste de premier ministre.
Le problème anglophone-francophone est aussi l'un des sujets qui minent l'unité nationale au Cameroun. D'un côté les francophones, très nombreux, continuent de dominer la scène nationale à toutes les échelles de la vie publique. Une situation qui a souvent donné l'impression aux anglophones de se sentir " étouffés ". L'on ne saurait à ce propos passer sous silence les activités du Southern Cameroon National Council, un parti politique du Cameroun anglophone prônant la sécession du Cameroun anglophone et la création de l'Etat indépendant d'Ambazonie. Cet Etat s'est d'ailleurs doté d'un " gouvernement " ayant à sa tête le président Carlson Anyangwe. Le 1er Octobre de chaque année, date anniversaire de la réunification du Cameroun, les partisans du Southern Cameroon national council manifestent leur désapprobation de l'évènement. Ces manifestations sont régulièrement interdites par les autorités camerounaises. C'est dire si l'unité nationale a encore du chemin à faire
L'espoir reste permis
Fort heureusement, le football s'est révélé jusqu'ici comme un puissant élément d'intégration. A chaque fois que les lions indomptables descendent dans l'arène, c'est une union sacrée qui se noue autour d'eux. Les camerounais, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest se donnent la main et chantent à l'unisson pour le triomphe de leur équipe. Cet exemple suffit à démontrer que l'unité nationale est possible au Cameroun. Si donc au plan sportif, les camerounais ont le don d'outrepasser leurs différences, l'on peut s'autoriser un espoir quand à la faisabilité de ce projet qui a démarré le 20 Mai 1972. Le problème pourrait donc à notre humble avis se résoudre par la redistribution équitable et efficace des ressources nationales. En plus, les partis politiques ont également leur partition à jouer dans cette quête d'unité. Au lieu d'attiser des haines tribales pour glaner quelques électeurs dans leurs villages et provinces d'origines, les leaders des partis gagneraient à s'affirmer en présentant aux populations, des projets politiques capables d'emporter l'adhésion de toute la Nation. Le Rdpc cesserait alors d'être le parti du Sud, l'Upc le parti du Centre, l'Udc le parti des Bamouns, l'Undp le parti des Nordistes, le Sdf le parti des Anglophones. Cela passe certes, par une révolution " culturelle " et des mentalités, mais elle est urgente et impérative pour que le Cameroun soit " un " et " indivisible " ainsi que le proclame la constitution. En attendant, il faudra peut-être encore d'autres 20 Mai pour ancrer l'idéal d'unité dans la conscience nationale.
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