Accusations de corruption : La riposte du Syndicat des forestiers
Roger Nkodo Dang, le président du syndicat national des exploitants forestiers du Cameroun (SNEFC) dénonce une " campagne " et un " acharnement " de certains occidentaux. Il l'a fait savoir au cours d'une conférence de presse donnée ce Vendredi 23 Mai au Hilton Hôtel de Yaoundé
24.05.08 Par Mohamadou HOUMFA
L'affaire a commencé par un article publié dans le quotidien français Libération daté du 15 Mai 2008. Un article intitulé : Des corrompus sortent du bois. Fanny Pigeaud, l'auteur de l'article, se base sur le témoignage d'un ancien forestier " repenti " qui a décidé de " tout balancer pour faire exploser le système ". Un témoignage, ou plutôt, un rapport distribué à certaines chancelleries occidentales basées à Yaoundé. Citant le forestier " repenti ", Libération rapporte pêle-mêle : " Le certificat d'inventaire des essences d'une concession forestière, par exemple, qui coûte entre 10 000 et 15 000 euros ", " le tarif pour truquer le système d'attribution des concessions " qui " oscille entre 220 000 et 760 000 euros ", des fonctionnaires camerounais qui " laisseraient passer les chargements frauduleux contre 460 à 760 euros par véhicule ". Le rapport ne se limite pas à une énumération des actes de corruption perpétrés par les nationaux. Il indexe des ex-ministres, hauts gradés de l'armée et députés qui " se sont investis depuis le milieu des années 90 dans l'exploitation forestière dont ils tirent des revenus importants " et révèle que " d'importantes sommes perdues par l'Etat (plusieurs dizaines de millions d'euros selon les bailleurs de fonds) et l'avenir de la forêt camerounaise sont en jeu ". Comme pour se soucier des problèmes environnementaux au Cameroun, le forestier, dans son rapport, constate qu'entre 1973 et 2008, la température à Yaoundé, la capitale camerounaise, a augmenté de 9 °C.
Les accusations de ce type ne sont pas nouvelles. En 2007, l'organisation non gouvernementale (Ong) Les Amis de la terre, a dressé un rapport accablant contre certains exploitants forestiers qu'elle accusait de ne point respecter les règles dans le domaine de la coupe du bois. Elle jugeait le gouvernement camerounais laxiste. Le rapport élaboré par Sylvain Angerand, chargé de campagne de forêt à l'Ong Amis de la terre, en collaboration avec Greenpeace, l'organisation non gouvernementale, dénonçait les pratiques opérées par la société italienne Fipcam (Fabrique Industrielle de Parquet du Cameroun) autour de la réserve du Dja, classée au patrimoine mondial de l'Humanité par l'Unesco.
Une cabale ?
Pour Roger Nkodo Dang, le forestier en question est " un prédateur de la forêt…qui continue d'exploiter tranquillement le bois camerounais ". " Son rapport a un arrière goût de prise de position partisane " a ajouté le président du SNEFC. Pour lui, il s'agit des manœuvres qui visent à faire retirer aux camerounais (par le ministère de la forêt, de la faune et de la protection de la nature, Ndlr), les petits titres que détiennent certains nationaux et qui leur permet de se livrer à des activités d'exploitations forestières (par la sous-traitance de certains groupes italiens dont la Fipcam, Ndlr). Il voit dans cette " campagne médiatique ", une volonté des grands groupes du secteur de l'exploitation forestière, d'éliminer les nationaux et les autres concurrents pour rester en situation de monopole. Pour un autre membre du syndicat, les nationaux sont simplement victimes d'une " guerre " entre les groupes italiens et les groupes français. Une idée qui rappelle étrangement les termes du rapport de l'année 2007 rédigée par l'Ong Les amis de la terre vis-à-vis de la société italienne Fipcam. L'Ong demandait alors à la Fipcam d'arrêter toute exploitation illégale, de rembourser et indemniser les populations du village Bapilé à hauteur du préjudice subit. Préjudice qui se déclinait, toujours d'après les termes du rapport, en coupe illégale de 300 Moabi (espèce de bois, Ndlr), ouverture illégale des pistes sur le territoire de Bapilé et déplacement de la limite de la concession dans la forêt communautaire du village citée. Au gouvernement camerounais, elle recommandait la suspension des activités de Fipcam pour infraction grave à la loi forestière, expliquant que l'amende de 650 millions de Fcfa qu'avait infligé le gouvernement à la société Fipcam était insignifiante. L'Ong demandait également aux importateurs de bois tropicaux en Europe à s'engager à ne plus acheter aucun bois Fipcam tant qu'elle n'aurait pas réparée son préjudice.
Pour le président du SNEFC, l'Ong Les Amis de la terre est impliqué dans la certification du bois camerounais et veut ainsi s'imposer par des moyens malhonnêtes.
La SNEFC a également soulevé l'idée selon laquelle, compte tenu du contexte actuel qui est celui d'une campagne de lutte contre la corruption, des lobbys seraient en train de saisir l'occasion pour éclabousser certaines hautes personnalités de la République. En tout cas, et d'après les termes de l'article paru dans Libération, " les conclusions de cette étude attendues en juillet gêneront des agents de l'administration et de nombreux membres de l'élite".
Du point de vue du Syndicat national des exploitants forestiers du Cameroun comme de celui du rédacteur du rapport accablant, l'on s'accorde à reconnaître que des zones d'ombre persistent dans le tableau de la gouvernance forestière au Cameroun. Le problème, peut-on constater, réside dans les arrière-pensées et les intentions qui peuvent se dégager de cette mauvaise gouvernance. S'agit-il pour les français, comme le pense le SNEFC, de profiter de la situation pour évincer les rivaux italiens du secteur de l'exploitation forestière au Cameroun? L'avenir devrait apporter plus de lumière sur la question.
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