Yaoundé : Le quotidien des fouilleurs de poubelles
De jeunes désœuvrés fréquentent les décharges à la recherche des objets à revendre.
11.09.08 Par Jean NGABANA
Abdoulaye, 41 ans, vit de la fouille des poubelles à Yaoundé. Vendredi, 29 août dernier à 9 heures, Abdoulaye est penché sur une poubelle qui jouxte le carrefour Emia, au niveau de l'agence Snec. Renverser, remuer, fouiller et sélectionner les ordures, ne laisser aucun endroit où la main ne passe et repasse, sans aucune protection sur la main, moins encore pour ses narines contre les odeurs nauséabondes, c'est à cela que se résume son activité au quotidien. Comme cet homme qui n'est pourtant pas un malade mental, ils sont de plus en plus nombreux, les jeunes Camerounais qui ont pour activité la fouille des poubelles.
A tout moment aux aguets, ils se déplacent par réflexe, au rythme des klaxons de camions de ramassage des ordures de la société Hygiène et salubrité du Cameroun (Hysacam). Leur souci majeur est de récupérer dans ces dépotoirs des objets éventuellement commercialisables. Au chômage, ces personnes sont contraintes de fréquenter les dépotoirs de la ville de Yaoundé. Muni d'une barre de fer, elles fouillent dans la poubelle. " Je suis obligé de le faire pour trouver des objets et les revendre, au lieu d'aller voler ", affirme Abdoulaye.
Abdoulaye, apparemment en santé physique, dans sa recherche, il vise une catégorie d'objets particuliers sollicités par certains commerçants. " Je ramasse les bouteilles, les bidons et tout autre objet susceptible d'être vendu ". Et il parvient à en faire vivre sa famille : " Une fois chez moi, je nettoie bien ces bidons et bouteilles, puis, je vais les revendre au marché Mvog-Mbi. Je peux avoir 1 500 Fcfa ou 2 000 Fcfa, selon le nombre que j'aurai trouvé et nettoyé ". Pour lui, ces bouteilles et objets vendus, servent aux commerçants à transvaser l'huile de table, de corps ou du parfum vendus en détail sur les marchés.
Abdoulaye n'est pas le seul dans cette activité, nous avons rencontré peu après lui, Nana Séverin lui, à 38 ans, exerce la même activité. Et il dit avoir péniblement un bon rendement : " je peux rarement être satisfait du résultat de mes fouilles. Chaque jour à la même heure, je viens à la poubelle. Après avoir rassemblé tout ce que j'ai pu dénicher, je rentre les laver et les vend au marché Mokolo. Je gagne au maximum 1 500 Fcfa ", affirme-t-il.
Certaines personnes jugent cette activité dangereuse pour la santé, à l'exemple Jean Paul Ndibi, fonctionnaire à Yaoundé. " On trouve sur le marché de bidons dans lesquels des femmes achètent de l'huile, sans savoir dans quelles conditions sont recyclés ces objets. Il faudrait que la Communauté urbaine de Yaoundé réglemente cette activité en créant un centre de santé pour que ces gens soient suivis dans cette phase de recyclage ", dit-t-il.
Selon un rapport de l'ONG "Service œcuménique pour la paix", paru dans ANB-BIA Supplément, Issue/Edition N° 462 - 15/09/2003, portant sur les déchets, précise que " de nombreuses maladies, suivies de mort d'hommes…, seraient provoquées par des déchets mal entreposés… ". C'est dans ces conditions insalubres que des jeunes camerounais s'adonnent pour leur survie en fouillant dans les dépotoirs.
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