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Paix sociale : Vers un état d'urgence perpétuel ?
Le déploiement militaire exceptionnel qui a suivi le dépôt du projet de réforme constitutionnelle et le recrutement militaire massif annoncé par le ministre de la défense indiquent clairement l'instauration d'un état d'urgence qui ne dit pas son nom. Commentaire.
08.04.08 Par Mohamadou HOUMFA
La fermeté du ton présidentiel au soir des émeutes qui ont secoué le Cameroun augurait déjà des moments difficiles. Martial ! C'est ainsi que plusieurs observateurs ont qualifié la déclaration de crise de Paul Biya. Effectivement, le 27 Février après le discours musclé du président, l'on a observé les forces de l'ordre qui ont pris position dans les artères des principales villes du pays. Les commandos d'élite du bataillon d'intervention rapide ont quadrillé tous les points sensibles de Yaoundé. En principe, ce corps de l'armée est sensé combattre les " coupeurs de route " qui sèment la désolation dans le Nord du pays. Le fait qu'ils aient été mis à contribution pour " que force à reste à la loi " a suscité bien des interrogations. Le positionnement des chars et le verrouillage de l'entrée du palais présidentiel par les éléments de la garde présidentielle ont suffi à conforter les uns et les autres dans l'idée d'une déclaration de guerre du gouvernement au peuple. Mais au fur et à mesure que la tension baissait, les rues se dégarnissaient des forces de l'ordre.
La tension a recommencé à monter lorsqu'à l'ouverture de la session parlementaire, les militaires, policiers et gendarmes ont repris position, pour nettoyer toutes les velléités éventuelles d'opposition au projet de révision de la constitution. Le pouvoir a sans doute paniqué puisque l'Association de Défense des Droits des Etudiants (ADDEC) annonçaient des marches de protestation. Ce qui a fait dire à certains que le projet de révision de la constitution allait être déposé au parlement. Un feeling juste puisque c'est chose faite depuis Vendredi dernier.
Pour absorber les tensions que pourraient soulever l'annonce de la levée du verrou de la limitation des mandats, le régime de Paul Biya a usé de la diversion en faisant condamner des ministres à grand renfort de spectacle médiatique. L'idée étant que le petit peuple jubilerait de ces mesures punitives vis à vis de ces hauts responsables qui se servent plus qu'ils ne servent. Mais l'on sait la durée de vie d'une telle stratégie si tant est qu'elle ne résiste pas aux dures réalités du quotidien que subissent les camerounais. C'est sans doute pourquoi, Yaoundé est désormais pris d'assaut par ces militaires et autres gendarmes. Jusqu'à quand pourrait-on alors se demander ? Dans un premier temps, il s'agit de faire avaler de force l'amère pilule. L'on espère alors que les prochains jours et les prochaines mesures à prendre par le gouvernement permettront d'abaisser les tensions et surtout à sceller de nouveau l'idylle et la confiance qui avaient liées le peuple au Renouveau en 1982. Cette stratégie pourrait s'avérer efficace. Reste trois choses qui en atténuent la pertinence. Premièrement, dans le camp du pouvoir, cette révision constitutionnelle sonne le glas de certaines ambitions. Et comme le pense le professeur Owona Nguini, à défaut de prendre le pouvoir, certains thuriféraires du régime pourraient s'en mettre plein les poches pour compenser les frustrations politiques que suscitent la prolongation du règne Biya. Cela, loin d'aider le Renouveau, ne ferait alors que l'enfoncer. Et on sait ce que cela pourrait coûter. Reste encore qu'il y a dans l'opinion, des irréductibles qui ne pensent qu'à l'alternance et ne manqueront pas l'occasion de le faire savoir. Reste enfin que la mise sur pied d'une commission électorale indépendante pourrait être suicidaire pour le parti au pouvoir qui souffre manifestement d'un déficit de légitimité. Le recours permanent à l'armée étant une preuve éloquente. Il y a donc là, des indices qui permettent de prédire une fin de règne assez agité pour le président Biya. Sa sécurité semble donc être adossée sur l'armée. Le Cameroun pourrait donc s'installer durablement dans un militarisme infini. Jusqu'à ce que le sort en décide autrement.
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