Opération épervier : Polycarpe Abah abah, chronique d'une capture annoncée
Les journaux camerounais ont largement contribué à la descente aux enfers de celui qui fut il y a seulement quelques temps, le puissant argentier national.
09.04.08 Par Hugues Marcel TCHOUA
L'aventure ministérielle d'Abah Abah Polycarpe n'a pas été de tout repos. L'ancien ministre de l' économie et des finances s'est attiré comme par enchantement les foudres d'une demi douzaines de journaux locaux. Lesquels journaux n'ont pas lésiné sur les moyens pour salir sa réputation et par là même, forcer la main aux meneurs de l'Opération Epervier.
Tout commence par l'entrée de Polycarpe Abah Abah au gouvernement le 8 décembre 2004. Certains médias s'empressent alors de creuser le passé du nouveau patron de l'un des départements ministériels les plus prestigieux. Les journalistes enquêteurs ne tardent pas à découvrir un passé pour le moins problématique, du temps où Abah Abah était directeur des impôts. Fidèles à leur tâche de chien de garde, ils attirent l'attention de l'opinion et des pouvoirs publics. Devant l'inertie de ces derniers, les journaux affichent une détermination démesurée. Des titres toujours plus noirs voire provocateurs déferlent dans les kiosques et condamnent Abah Abah. Lui, fort de sa puissance répond par la manière forte. Il traîne tour à tour ces médias devant la barre. Ce sont : Aurore Plus, Le Démenti, le Jeune Observateur, Le Devoir, La vitrine, La Nouvelle Presse, Le Front. Dans la foulée, certains déclarent même que les journaux comme Aurore Plus ont été crées pour le détruire.
Début 2006, Abah Abah apparaît sur une liste de fonctionnaires milliardaires. Aurore plus annonce alors que Abah Abah possède pas moins de 25 milliards de nos francs et une usine de fabrication de faux timbres. En février, Aurore plus sonne la charge et parle déjà de la descente aux enfers d'Abah Abah sous le titre titre: "Abah Abah retiré de l'avion". L'ex-Minefi alors annoncé dans la suite du premier ministre est remplacé dans la liste des accompagnateurs peu avant le vol. Dès lors, les missions du Minefi sont systématiquement annulées, jusqu'à sa sortie du gouvernement le 22 septembre 2006.
Tel mari, telle femme
Autre sujet qui fait les choux gras de la presse hostile à Abah Abah, la condamnation de Caroline Abah, sa femme déclarée coupable de complicité de détournement de deniers publics. Cette dernière, ex-contrôleur financier du ministère des postes et télécommunications ne doit purger qu'une peine pécuniaire de 2,25 milliards Fcfa alors que des hauts cadres de ce même ministère tels Mounchipou Seidou écopent de 15 ans de prison. Elle s'échappe de la prison de Kondengui à la faveur d'une évacuation sanitaire en Europe d'où elle demande à être jugée sur pièce. Elle est acquittée trois ans après pour faits non avérés.
La dernière ligne droite est amorcée lorsque les journaux annoncent le retrait de son passeport et de celui de deux autres grandes personnalités il y a trois semaines. L'interpellation suivra le 31 mars 2008. Cette arrestation semble alors prouver que l'acharnement de cette presse sur sa personne n'était pas gratuite. Des journaux en procès contre lui, deux viennent d'être condamnées en première instance. Il s'agit de Le Front et de Aurore Plus qui ont immédiatement interjeté appel. La procédure suit son cours normal avec les quatre autres journaux. Il ne reste plus qu'à attendre les jugements qui diront qui de Abah Abah ou des journaux a finalement remporté la guerre.
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