Portrait: Marie-Hélène NGoa-Guislain, une franco-camerounaise à la tête de la marie d'Akono
Maire d'Akono depuis le 31 juillet 2007, cette Valenciennoise de 67 ans est la seule femme, blanche de surcroît, à être élue maire au Cameroun. Un cas unique en Afrique noire. Webcameroon redécouvre ici, sous le pinceau de Mohamadou HOUMFA, l'itinéraire de cette femme exceptionnel qui a préféré la canicule et le marigot politique des tropiques à l'hiver douillet de sa France natale.
Par La Rédaction
Originaire de la région de Nogent-sur-marne, dans le nord de la France, Marie-Hélène Ngoa, 67 ans, y fait ses études secondaires et supérieures. Ces études sont couronnées par un doctorat de 3ème cycle en mathématiques appliquées qu'elle obtient en1967 à l'Université de Lille, en France. Centrale. C'est à l'Université de Lille qu'elle rencontre Henri Ngoa, un Camerounais, étudiant en sociologie. " Très rapidement, nous avons décidé de nous marier et d'aller vivre au Cameroun, de fonder une famille et de donner le mieux de nous-mêmes dans l'enseignement supérieur " raconte t-elle. Ces ambitions vont vite se réaliser. " Arrivés au Cameroun en 1968, nous avons vécu sept ans très heureux en ayant de nombreux enfants (cinq) " se souvient t-elle encore. Ils vont aussi embrasser des carrières universitaires Comme son mari, qui fut professeur de sociologie à l'Université de Yaoundé, et à l'Université catholique d'Afrique, elle enseigne à l'université de Yaoundé. En 1975, son mari quitte la scène, la laissant veuve avec ses cinq enfants. Une expérience douloureuse qui lui laisse de souvenirs impérissables. " Cela a été difficile, puisqu'il fallait jouer le rôle du père et de la mère auprès des enfants. Mais, j'étais aidée par mes beaux-frères avec lesquels je suis toujours restée en contact permanent " relate t-elle avec une pointe d'émotion. Après la mort de son mari, elle décidé de rester au Cameroun. " J'étais déjà très bien installée au Cameroun, heureuse, bien entourée par ma famille et par mes collègues de la Faculté des sciences de l'Université de Yaoundé (la seule université du pays à l'époque). En plus, il faut le dire, pour élever les enfants, on est quand même mieux aidé au Cameroun, il y a du personnel. Donc, j'ai décidé de rester au Cameroun. De toute façon, moi je suis aussi une femme d'engagement et de fidélité : je m'étais engagée à venir travailler et donner le meilleur de moi-même au Cameroun "fait-elle savoir. Elle continue de mener ses activités professorales, contribuant à la formation universitaire des générations de camerounais. " Des années 70 aux années 90, j'étais préoccupée à éduquer mes enfants et à faire mon travail professionnel. Je me suis beaucoup donnée, j'ai formé plusieurs générations d'étudiants. Les premiers étudiants que j'ai formés dans les années 68-70 sont devenus mes collègues, qui ont à leur tour formé des étudiants qui sont devenus d'autres collègues. Je suis la toute première à avoir donné des cours de techniques de calcul et de programmation au Cameroun. C'est en réalité de l'informatique, même si ce n'était pas le nom à l'époque " déclare t-elle.
Engagement politique
C'est en 1996 qu'elle fait ses premiers pas dans la politique. " En 1996, j'ai été appelée pour participer au Conseil municipal de la commune d'Akono et j'ai été élue comme deuxième adjointe à l'ancien maire. Je me suis toujours montrée soucieuse du développement d'Akono. Je participais volontairement à des comités de développement de groupements, à l'Association des élites d'Akono " raconte t-elle. L'expérience est d'abord exaltante et ensuite décevante. Elle est obligée de composer avec un " maire autocrate qui n'a jamais réuni son exécutif une seule fois en six ans ". En 2002, elle monte sa propre liste mais, elle est " battue de façon peu honnête ". En 2007, ses anciens colistiers la " poussent avec obstination vers le poste de maire. " Lors de primaires, en mai, certains militants du RDPC lui demandent de former sa propre liste. Ce qu'elle n'hésite pas à faire. S'engage alors une campagne électorale rude où ses détracteurs vont jouer la carte raciste. " Pendant la campagne, le mot "Ntangan" (Blanche) m'a été balancé plusieurs fois " révèle t-elle. Et pourtant, elle estime avoir réussi si bien son intégration dans la localité que les populations ne la considèrent plus comme une blanche. " La population d'Akono ne me voit plus comme blanche depuis longtemps. Je suis leur maman. Celle qui a aidé leurs enfants depuis tant d'années " Elle va aussi connaître l'adversité politique de certaines élites " qui s'y opposait (à sa candidature, Ndlr) avec férocité ". Malgré cela, elle sort vainqueur de la primaire et le 22 juillet, sa liste gagne largement avec 96 % des voix. Le 31 juillet, lors de l'élection au sein de l'exécutif communal, elle est élue maire à l'unanimité.
Cette élection, elle l'a placée sous le signe du changement. Elle nourrit en effet des milliers de projets pour sa commune. Depuis son élection en effet, elle n'a pas eu une minute à elle : " C'est passionnant et beaucoup de travail car la mairie ne fonctionnait plus depuis trois ans ". Décidée à démontrer que " le changement arrivera coûte que coûte ", elle entend revenir une fois par an dans le Valenciennois avec sa casquette de maire essayer de trouver des partenaires. " Notre objectif, c'est de créer des activités génératrices de revenus et de très petites entreprises. Figurez-vous qu'à Akono, il n'y a pas de boulangerie, de menuiserie, de mécanicien-automobile, de briqueterie. Pourtant, j'avais fait faire des études sur l'argile que nous avons en quantité à Akono " dit-elle. Dans le registre de ses ambitions, elle envisage " d'acquérir pour le compte de ma mairie, un camion. Je peux en trouver un, d'occasion à moins de 20 millions. En sollicitant le FEICOM, il me reviendra 5 fois plus cher " ainsi qu'elle le faisait récemment savoir sur les ondes de la CRTV. Elle vient d'ailleurs de lancer le site web d'une association qu'elle dirige et dans laquelle, elle présente ses projets pour la ville d'Akono. Autant de projets et de réalisations qui révèlent au moins une chose : elle n'a aucune intention de retourner vivre dans son pays natal. Du moins, définitivement.
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