Cinéma : Mâh Saah Sah ou l'appel d'un retour aux sources
Le dernier long métrage de Daniel Kamwa fait désormais partie du box office Camerounais. Une véritable pédagogie des valeurs d'amour et de dignité que réalise l'auteur au détour d'un décor culturel qui est celui du peuple Bamoun.
16.04.08 Par Suzy POLL GOUATER
L'histoire se déroule dans un village en plein cœur des plaines du Noun à l'Ouest du Cameroun, hors d'un monde embrasé par le modernisme. Ncharé, un orphelin recueilli par son oncle et Mapou tous deux fils d'artisans sont officiellement fiancés ou tout moins, dans le respect des règles coutumières. Ils vivent une parfaite idylle. Mais les problèmes financiers du père de Mapou sont de nature à fragiliser cette idylle. Ce d'autant plus que ce dernier doit s'occuper de son nouveau-né. Le père de Mapou finit, au bout de quelques hésitations, par accepter les avances de Molu, un député et riche homme d'affaires intéressé par sa fille. Il veut en effet faire de celle-ci sa quatrième épouse. Pour démonter l'union qui se scelle entre le député et la famille de Mapou, Ncharé va se lancer dans des protestations, des plaintes et des coups bas. Ceci en vue d'empêcher que le riche député et celle-ci qui aura été sa fiancé ne présentent pas à la mairie. Une lutte déterminée de conquête et de reconquête qui fonde la trame de cette histoire où l'amour est balayée par les intérêts matérialistes et où semble triompher les forces de l'argent.
Le film est donc le reflet de cette société qui est la nôtre. Celle qu'il faut combattre pour que les valeurs de l'amour et de la dignité humaine soient au-dessus des intérêts matériels. La pauvreté, loin d'être une fatalité ne devrait pas nous mettre en marge de la société nous dit alors Daniel Kamwa par la voie d'un de ses personnages, Mama Muise, la mère de Mapou qui déclare : " la pauvreté n'est pas une maladie honteuse. "
Mais au delà, le film de Daniel Kamwa est une exaltation et une mise en valeur de la richesse et de la diversité de la culture Bamoun. Le cinéphile a ainsi l'occasion de découvrir " la danse de séduction ", la dot symbolique, le fétiche de fidélité et autres éléments qui sont les d'emblèmes de l'identité culturelle Bamoun. Un message implicite qui invite les camerounais à découvrir le champ culturel de notre pays qui reste encore inexplorée.
Après son premier film intitulé le " pousse-pousse ", Daniel Kamwa signe ainsi son retour avec " Mâ Saah Sa " qui signifie en langue Bamoun, " ne raconte pas ". Un mélodrame d'une heure et trente minutes produit par la Coconut Dream Production. La réalisation du film a coûté la bagatelle somme de 300 millions de Francs Cfa. Une production à laquelle la ministre de la culture Ama Tutu Muna a contribué à hauteur de 2%. Mâ Saah Sa vient ainsi enrichir l'environnement cinématographique camerounais qui se révèle particulièrement fertile ces deux dernières années avec des films de qualité comme Paris à tout prix de Joséphine Ndagnou, Confidences de Cyrille Masso et bien d'autres.
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