Longévité : Les chefs d'Etats africains, des présidents rois

En Afrique l'alternance au sommet des Etats s'effectue de façon très particulière. Les chefs d'Etats choisissent plutôt de mourir au pouvoir pour des raisons difficiles à comprendre pour le commun des mortels.

21.04.08 Par Joël Maman

Des présidents au pouvoir depuis des décennies, l'Afrique en regorge abondamment. On peut citer Paul Biya du Cameroun, Idriss Deby du Tchad, Lansana Konté de Guinée, Mugabe du Zimbabwe etc.  Ce dernier refuse de publier les résultats des élections du mois de mars 2008. Le journal Herald, annonce " un ballotage probable ",entre Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai. Pour la plupart des journaux du continent, il y a comme une odeur de fin de règne au Zimbabwe. Un renversement de vapeur est en train de s'opérer au Zimbabwe, au grand dam, du vieillard croulant, entendez Robert Mugabe. En Tunisie, vingt ans après, Ben Ali est toujours là. En 1994, 1999 et 2004, il a été réélu avec des scores à la soviétique. En 2002, la Constitution a été amendée par référendum, pour lui permettre de briguer de nouveaux mandats. Et à 71 ans, il se prépare effectivement à un cinquième mandat, en 2009. Il faut remarquer que les pays où les présidents ont mis beaucoup de temps au pouvoir sont un danger pour la démocratie africaine. Pendant longtemps, nous avons connu des présidents à vie sur le continent. Feu Eyadema est un exemple frappant. Et cela semble continuer malgré l'arrivée de la démocratie que nous a imposée la disparition de la guerre froide entre les grandes puissances. Les puissances occidentales intiment l'ordre aux Africains de s'ouvrir au multipartisme. Une pilule difficile à avaler pour certains chefs africains qui s'étaient transformés en rois sans le déclarer ouvertement. Le Zaïre par exemple a vu son chef se comporter en véritable roi. Il y a eu aussi l'Empire du Centrafrique avec Bokassa. Dans l'ensemble, les chefs d'État africains ont toujours voulu mourir avec le pouvoir dans le ventre. Sékou Touré, Houphouët Boigny et tant d'autres l'ont démontré. Ceux qui se sont entêtés au pouvoir, n'ont été balayés que par des coups d'Etat, souvent sanglants et qui ont entraîné mort d'hommes. En général le pouvoir ne se donne pas en Afrique, il s'arrache.
L'Afrique compte encore de vieux crocodiles qui pensent s'éterniser au pouvoir en modifiant les Constitutions dès qu'ils arrivent à la fin de leur mandat. Ils veulent souvent mourir, comme le singe, " le fusil… pardon le fruit entre les dents ". En Afrique, très souvent, pour imiter les grandes démocraties, la limitation des mandats est un point capital de la Constitution : deux mandats non renouvelables pour permettre une alternance pacifique dans le pays. Mais dans certains pays, force est de constater que les présidents foulent aux pieds ce point.
       Mais ce que nous devons éviter, c'est d'allonger le règne des présidents par le tripotage des Constitutions. Le pouvoir enivre et corrompt. Il rend égoïste dans la mesure où les président refuse l'alternance, principe fondamental de la démocratie. Ce que l'UA doit combattre car c'est aussi un coup d'Etat constitutionnel qui doit être considéré au même titre qu'un putsch militaire. Un chef d'État qui a travaillé pendant son mandat doit laisser la place aux autres pour donner au peuple la possibilité de vivre l'alternance. Un homme qui sait qu'il doit obligatoirement abandonner le pouvoir après deux mandats et être jugé par son peuple, fera tout pour bien travailler afin que son nom soit écrit dans le livre d'or de son pays. Les pays où les hommes politiques se sont pérennisés sans réellement bénéficier de leurs richesses ont eu des alternances chaotiques : la Côte d'Ivoire, le Togo, le Congo-Zaïre en sont des exemples. Et toutes ces situations se sont développées ou se développent encore au grand désespoir et désespérance des peuples qui avaient cru au changement après le retour de la démocratie pluraliste. Et l'Europe s'étonne quand elle se voit convoitée par les desperados de l'Afrique. Certains de nos dirigeants en effet, dépassent les 70 ans avec près de 40 ans de règne. Est-il sensé confier la gestion de nos pays avec parfois des problèmes complexes et délicats à des vieillards apparemment dépassés et en retard sur le cours des évènements?
Décrit comme un continent à la dérive, l'Afrique noire a paradoxalement la particularité d'avoir des présidents inamovibles. En rempilant sans doute pour sept ans à l'issue d'une élection dénuée de suspense, Paul Biya confirme sa place dans le cercle plutôt étendu des présidents africains au pouvoir depuis plus de vingt ans. Il est le benjamin en termes d'expérience d'un cénacle sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise. Son voisin Denis Sassou Nguesso s'est emparé des clés du palais présidentiel de Brazaville en 1979. Battu à l'occasion des premières élections pluralistes de 1992 par Pascal Lissouba, il est sorti vainqueur en 1997 d'une guerre civile entre l'armée et ses miliciens en juin 1997. 70% des Congolais vivent aujourd'hui au-dessous du seuil de pauvreté, malgré la rente pétrolière. Un peu plus au nord, le président Omar Bongo a le mérite d'avoir assuré au Gabon une stabilité certaine. Son trait commun avec Eduardo Dos Santos et son parent Denis Sassou Nguesso est d'avoir bénéficié des largesses d'Elf-Aquitaine. En 1999, sa sixième réélection avait été marquée par un nombre d'électeurs plus élevé que le nombre d'inscrits. Au pouvoir depuis 34 ans, à 68 ans, le "chef du village gabonais" Omar Bongo s'est ouvert un boulevard institutionnel en supprimant la limitation du nombre de mandats pour le chef de l'exécutif.
Les membres du club des présidents à perpétuité ont dans leurs rangs un spécimen rare venu des anciennes colonies britanniques, le Zimbabwéen Robert Mugabe. Dictateur depuis 24 ans, il n'a pas l'intention de prendre sa retraite. Autrefois autosuffisant, le Zimbabwe est aujourd'hui au bord de la ruine sur un continent où la participation aux échanges commerciaux mondiaux ont considérablement en baisse avec le taux d'inflation le plus élevé dans le monde, soit plus de  6000%.




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