Immeuble Shell Concorde : un dangereux micmac commercial

Le sous-sol de cette impressionnante battisse qui domine l'avenue Kennedy est le siège de milles activités commerciales. Jeunes et badauds, revendeurs et receleurs s'y mêlent, donnant à cet endroit, une redoutable réputation. Reportage

03.04.08 Par Hugues Marcel TCHOUA

A 14 h ce lundi 31 mars 2008, Patrick, vendeur ambulant de téléphones portables négocie le prix d'un téléphone de marque Nokia avec un client devant l'immeuble Shell Concorde sis à l'Avenue Kennedy, Yaoundé. Une discussion très animée au cours de laquelle, il est question de fixer le prix du téléphone. Autour d'eux, comme d'habitudes, pullulent des dizaines de jeunes, eux aussi vendeurs de téléphones portables pour la plupart.  Certains sont en faction aux entrées de l'immeuble et devisent par groupes. D'autres, parfois isolés, observent. D'autres encore déambulent au rez-de-chaussée de l'immeuble, courant après les clients. Ce sont des "débrouillards". Leur principale activité semble être le commerce. Les étals et les tractations visibles cachent d'obscurs négoces, connus par les seuls habitués du secteur. "On vend de tout ici, que ce soit ce qui est de l'ordre de l'ordinaire ou ce qui est de l'ordre de l'extraordinaire. C'est le marché du noir. Il y a des vendeurs de voitures, des vendeurs de télévisions, des vendeurs de drogues, il y'en a qui établissent des papiers, vous pouvez même avoir des ossements humains si vous en voulez" révèle Patrick. Etudiant en troisième année économie à l'université de Yaoundé II, il gagne son pain quotidien au niveau de l'avenue Kennedy depuis huit ans. Vêtu d'un vieux pantalon jean bleu  et d'un tee-shirt presque en lambeaux, les cheveux crépus, il a l'accoutrement en vogue en ces lieux. Il poursuit " la différence avec la boutique ; c'est que, ici on ne donne généralement pas la facture au client après l'achat. Toutefois, on peut en fabriquer pour ceux qui insistent".
Du côté des clients, les raisons qui les amènent en ce lieu sont diverses. "Les prix sont plus bas ici. Je viens par exemple d'acheter un téléphone portable à 6 000 Fcfa. Même si c'est susceptible de tomber en panne rapidement. La falsification et les produits chinois ont  envahi le Cameroun. Rien ne dure plus. On a ici au moins l'avantage que le prix qui est assez bas et, j'exige toujours la facture" révèle Jeff, un client. Mais les prix sont d'autant plus bas que la qualité et l'origine de ces téléphones sont très souvent douteuses. "Il y a quelques jours une femme qui travaille dans l'immeuble a reconnu son téléphone dans les mains d'un vendeur de téléphones. Elle l'a arraché et le gars n'a même pas bronché", raconte Claire, restauratrice. Interrogé sur la légalité de son activité de vente de téléphones portables, Patrick reconnaît: "Je sais que l'activité est illégale. Mais la jeunesse doit se débrouiller. La vie est chère à yaoundé. C'est ça qui me permet de payer mon loyer, mes études et de survivre au jour le jour". 

Plaintes des occupants de l'immeuble

Les locataires de l'immeuble Shell Concorde acceptent mal la présence des vendeurs ambulants de téléphones. "Ils sont si nombreux qu'ils empêchent les clients d'entrer. Seuls les habitués ont le courage d'entrer. La plupart des clients ont peur d'être détroussés de leurs avoirs comme c'est le cas tous les jours ici", lance Faustine, gérante d'un secrétariat bureautique. Elle ajoute: " le poste de police qu'on a crée ici ne semble servir à rien. Les malfrats s'entendent bien avec les policiers. En cas de problème, ils les attrapent et les relâchent aussitôt. Peut être ont-ils peur des malfrats? Je ne sais pas; Nous demandons seulement aux nouveaux gérants de mettre d'ordre parce que qu'il y a des comptoirs partout comme au marché central. Il n'y a plus de parking". Rendus dans le bureau du gestionnaire de l'immeuble, Ayangna Yakama Charles choisit d'éconduire le reporter de Webcameroon. Malgré cela, Patrick qui est le guide du reporter continue de raconter : "Beaucoup de bandits de grand chemin se cachent parmi nous. Ils nouent parfois des complicités avec les policiers. L'avenue Kennedy est de loin le coin le plus dangereux du Cameroun. Les brigands s'attaquent même aux forces de l'ordre, arrachent leurs armes et les menacent souvent ici. Le dernier incident en date, c'était ce samedi 29 mars. Quelqu'un a tenté de soutirer l'arme d'un commandant de la garde présidentielle. Un régiment de la Gp a encerclé la zone pour le débusquer. C'est pourquoi les forces de l'ordre procèdent souvent à des Raffles ici. Quand ils viennent on fuit mais après on revient. Et même lorsque quelque chose vous arrive sur cet avenue et que vous vous rendez à la police, on vous y demande pourquoi vous étiez à l'Avenue Kennedy ".
A Yaoundé, nul n'ignore à quel point cet axe est dangereux. La vue de tous ces jeunes au regard vif et inquiétant ne manque pas de susciter la terreur chez certains. Les femmes avisées y passent en serrant fortement leur sac à mains sur la poitrine. D'autres les passent simplement sous leur tee-shirt, car le vol à l'esbroufe est une pratique exercée par presque tous ces jeunes qui bénéficient de la complicité de tous les débrouillards. Lesquels toutefois aspirent tous à quitter ce sinistre endroit et se trouver une meilleure occupation. Mais en attendant, ils sont contraints d'y rester car ce marché représente pour eux une planche de survie.







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