Yaoundé : Des déguerpis se réinstallent à Ntaba

Faute des moyens pour se reloger, ils ont construit des maisons de fortune sur le site rasé.

21.08.08 Par Jean NGABANA pour LE JOUR et WEBCAMEROON.NET

Déterminés à se faire entendre par le gouvernement, certains déguerpis de Ntaba se sont réinstallés sur les lieux récemment rasés par les engins de la Communauté urbaine de Yaoundé.
Sur le site, au milieu des décombres, l'on remarque en effet quelques baraques çà et là servant d'abri, selon leurs occupants. Ils se construisent ainsi des habitations provisoires qu'ils n'entendent pas quitter avant la réaction de l'Etat. Hier sur les lieux, ceux que nous avons rencontrés ne cachaient guère leur décision de rester sur place. Solange Simo, 57 ans, affirme : " je ne sais pas où aller et je suis obligée, faute de moyens, de construire une baraque pour m'y abriter ".
Noumessi Noël, installé dans sa baraque, est plus amer : " Comment comprendre que l'état reste indifférent à nos appels et cris. On vit comme des refugiés dans notre propre pays. " Poursuivant ses propos, dans un langage de détresse,  il exprime la détermination de ceux, restés sur les lieux " Monsieur le journaliste, allez leur dire que nous entendons mourir sur place. C'est pourquoi, nous essayons de reconstruire ces huttes pour nous protéger contre les intempéries. Je n'ai pas des moyens financiers, ni matériels pour aller ailleurs, encore moins pour rentrer au village".
La présence du reporter du Jour sur le site, attire une meute d'habitants et des curieux. Une jeune dame, dans sa colère incontrôlée, se demande : " l'Etat veut qu'on se prostitue pour survivre ? Comment comprendre qu'il décide de tout détruire sans nous donner la possibilité d'aller ailleurs. Ne sommes-nous pas des Camerounais ? A Garoua, les réfugiés tchadiens sont bien logés et nous ?". Dans une atmosphère de tension, dans la foule des voix s'élèvent et lancent messages : " Dites-leur qu'ils vont venir nous tuer sur place" ; " tant qu'ils ne nous viennent pas en aide, nous ne quitterons pas ces lieux ".
La forte pluie de mardi dernier n'a pas empêché ces habitants des décombres de Ntaba, de leurs locaux de fortune. Sur les visages se lisent désarroi et colères. Certains déguerpis se disent d'ailleurs prêts à affronter les autorités à défaut d'être recasés. Trois semaines après la destruction de Ntaba, malgré les multiples sit-in devant la primature, aucune réaction des pouvoirs publics pour les secourir. Le soutien de leurs compatriotes non plus.




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