Crise du logement : Les étudiants de Yaoundé face à des bailleurs véreux
Les propriétaires de mini-cités, dans les zones de résidence universitaire à Yaoundé, sont réfractaires à l'arrêté ministériel du 30 juin 2008, portant réglementation des loyers et des logements d'étudiants des universités d'Etat.
31.10.08 Par Sylvain ANDZONGO
Trempée de sueur, une jeune étudiante est abattue. Le soleil ardent de ce jeudi 30 septembre 2008 ne facilite pas sa quête. Nouvelle bachelière, elle erre comme une âme en peine dans le quartier Bonamoussadi. Cela fait trois heures qu'elle est à la recherche d'une chambre. Trois fois, elle s'est fait rabrouer. Partout, c'est la même réponse. " On ne loue pas les chambres aux étudiants", arguent les bailleurs sans autre forme d'explications. Désabusée et désespérée, elle se résout à faire une trêve pour cette journée. " Je reviendrai demain. Si ça n'aboutit à rien au bout d'une semaine, j'irai supplier un de mes oncles à Messassi, [à l'autre bout de la ville], de me garder chez lui. Et pourtant, Bonas n'est pas loin de l'université de Yaoundé 1 ", finit-elle par se résigner.
Autre cas de figure. M. Bohoum, étudiant à l'école polytechnique, est un ancien résident d'une mini-cité à Melen. Son bailleur ne veut plus renouveler son contrat. La raison, c'est qu'il n'a pas envie d'appliquer la grille des prix des loyers en cours, homologués par l'Etat. Par ailleurs, il a promis à son locataire de le faire partir par tous " les moyens ". Face à des menaces à peine voilées, M. Bohoum dort la peur au ventre. " Ce bailleur me terrifie. Mais, je lui ai dit que je verserai désormais le loyer au début de chaque mois, comme le stipule l'arrêté ministériel et non le prix de douze mois de loyer comme auparavant ".
Au siège de l'Association de défense des droits des étudiants du Cameroun (Addec), au quartier Ngoa-Ekellé, les plaintes des victimes s'amoncellent. Parmi celles-ci, les résidents de la mini-cité "Entente ", située à Bonamoussadi. Leur grief fait état de ce qu'ils ont été expulsés de leurs chambres par leur bailleur, M. Michel Wonkam, par ailleurs chef de quartier bloc VI. En effet, ce dernier avait obtenu du directeur du centre des œuvres universitaires (Dcou), de l'université de Yaoundé 1, M. Bienvenu Nola, qui est également le secrétaire de la Brigade spéciale des loyers et des logements, l'autorisation d'entreprendre des travaux de réfection dans sa mini-cité. L'autorisation du Dcou indiquait que les locataires devaient réintégrés leurs domiciles, après la période d'un mois que devaient durer les travaux.
Seulement, trois semaines après les réfections, les résidents sont toujours sans abris. Pis, le bailleur les a remplacés par de nouveaux locataires qui ont payé chacun une somme équivalent à un an de loyer, à raison de 15 000 Fcfa le mois. A la suite d'un mouvement de protestation, organisé par les expulsés le 22 septembre 2008 devant son bureau, M. Bienvenu Nola a décidé de loger ces derniers à la cité universitaire. Il a sommé M. Wokam de trouver un moyen de réintégrer les délogés dans les plus brefs délais.
Les frictions observées entre bailleurs et étudiants posent le problème du niveau des prix des loyers en zone de résidence universitaire. Une grille des prix a été arrêtée par l'Etat. Les taux vont de 4 500 Fcfa pour des chambres, dont le standing est non classé, à 13 500 Fcfa, pour les standings moyens. Une catégorisation des mini-cités supposée mettre un terme aux loyers fantaisistes des propriétaires. Ces derniers imposent pourtant toujours à leurs locataires de payer un an de loyer à raison parfois de 25 000 Fcfa le mois, sans compter une caution exorbitante et hypothétiquement remboursable.
Compte n'est pas tenu de l'accessibilité des logements ou de leur état : parfois des toilettes décentes ou la sécurité sont un luxe. " Ce qui importe pour les bailleurs, c'est de se faire de l'argent sans tenir compte de l'état de leurs maisons, ou même la nouvelle grille des tarifs", confie un résident de la mini-cité " Entente ". Pour l'instant, la Brigade spéciale des loyers et des logements, qui a pour rôle principal de veiller que les prix des loyers pratiqués sont ceux homologués par l'Etat, n'a pas encore dévoilé la stratégie permettant de contrôler les abus des bailleurs. Cependant, l'arrêté ministériel du 30 juin 2008, portant réglementation des loyers et des logements d'étudiants des universités d'Etat prévoit des sanctions, même si elles ne sont pas explicites, contre les propriétaires malhonnêtes. " Tout bailleur qui exige un loyer supérieur à celui fixé dans le contrat s'expose, après rappel à l'ordre de la Brigade Spéciale demeuré sans effet, aux sanctions prévues par les textes en vigueur ", dispose l'article 17, alinéa 1. Mais très peu en ont cure.
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