Chronique : On attend les étrangers pour développer Akono
Alors que la ville est presque cernée par des juteuses opportunités, ses habitants préfèrent s'adonner aux mondanités de toutes sortes. Accusant indéfiniment les élites. Et attendant que le développement tombe du ciel.
Par Josiane TCHAKOUNTE
Enlevez le collège Antoine Stoll et l'église notre dame des sept douleurs, Akono ne ressemble à rien. Partout ou vous vous baladez, les hautes herbes qui vous saluent au passage occupent la quasi-totalité de la superficie de la ville et laissent l'impression qu'on est dans une zone inhabitée. Des hectares de terrains abandonnés à eux-mêmes, qui pourraient être utilisés pour des cultures vivrières, constituent ici 80% de la surface de la ville. Les autres 20% sont occupés par des maisons dont l'architecture laisse à désirer. Mis à part quelques bâtiments administratifs qui sont concentrés au même endroit, trouver une habitation normale peut être comparé à une aiguille que l'on fouillerait dans une boîte de foins. L'espace qui sert de centre ville est un petit coin qui n'en n'a pas du tout l'air. La seule et unique boutique du coin offre des produits variés dans différents domaines : parfumerie, alimentation, pâtisserie etc. C'est ici qu'on peut espérer trouver ce dont on a besoin. Le marché ici est périodique et se fait tous les mercredis et samedis. C'est un marché dépourvu de vivres car les seuls produits vivriers qu'on y trouve proviennent des autres villages. Vous achèterez un bâton de manioc à 75 francs ici alors que vous l'avez à 50 francs à Yaoundé. Côté client que nous sommes, on se pose bien de questions. Etrange zone agricole. Le visiteur se demande bien si les 11000 personnes qui vivent ici sont des étrangers.
A l'heure où on parle de la crise alimentaire et de la vie chère, on pourrait attenter un procès à cette population essentiellement jeune qui brille par sa paresse et son désintéressement total. C'est pourquoi ils n'ont rien à offrir à leurs visiteurs et usent de toutes les astuces pour soutirer de l'argent au premier venu. L'oisiveté est une de leur identité remarquable.
Si vous leur demander pourquoi cette attitude, ils répondent avec fierté " c'est la faute aux élites ". Des élites qu'ils accusent de ne rien faire pour développer leur village. Mais, entre nous, c'est bien à eux de développer leur environnement dans une ville où il y a un seul bar qui joue de la musique à longueur de journée, deux " call box ".
Quand vous regardez ces gens ou encore toute cette étendue, vous n'avez pas l'impression d'être au Cameroun. Les multiples hectares abandonnées ici n'auraient pas autant souffert d'abandon si seulement elles se trouvaient dans une autre province : vous devinez bien laquelle.
Les jeunes ont déserté le village pour se rendre en ville. Ceux qui sont restés se réunissent par groupe autour du " songho ", un jeu traditionnel ou alors devant un verre de " kossam " c'est par ce nom qu'on désigne ici le vin de palme.
Quand vous ne les voyez pas là bas, vérifiez dans les auberges. Eh oui ! Il y en a par ici : auberge le cocotier. La structure de l'établissement laisse certes à désirer mais cependant elle remplie bien ses fonctions. Les habitants d'Akono ne travaillent peut-être pas la terre, mais ils sont des as dans un autre domaine. Devinez laquelle.
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