Tricherie Politique : Comment le pouvoir a organisé le passage en force de la réforme constitutionnelle à l'Assemblée Nationale
Le recul que permettent aujourd'hui les 3 mois qui nous séparent de la session parlementaire historique du mois de Mars 2008 a permis à l'hebdomadaire L'harmattan de relever 2 faits majeurs ayant faussé le processus politique de modification de certaines dispositions de la constitution du 18 Janvier 1996. Clichés.
Le 26.06.08 Par Mohamed RAMZI
Le RDPC regorge véritablement de professionnels de la ruse politicienne. Lorsque l'on observe le processus ayant abouti à la réforme constitutionnelle, c'est tout au moins le sentiment qu'on peut avoir.
Le RDPC impose son doyen d'âge
C'est en principe, et au regard des textes de l'assemblée nationale, l'honorable Fonso Peter Choo, député du SDF de la MOMO qui aurait dû être le doyen d'âge de la session parlementaire du mois de Mars 2008. Mais, le positionner à ce piédestal aurait été problématique pour le parti au pouvoir, parce que c'est le doyen d'âge qui pilote le processus de désignation du nouveau président de l'Assemblée Nationale. Au moment où le président de la République savait qu'il ferait passer le projet de réforme constitutionnelle, aucune incartade n'aurait été permise. Lorsque l'on connaît la haine légendaire que Adama Modi nourrit pour l'honorable Cavaye Yeguie Djibril, il aurait été risqué de jouer le jeu de la transparence. Le scénario, si rien n'était fait, aurait pu être dangereux. Adama Modi aurait à nouveau posé sa candidature pour l'assemblée nationale, concurremment à celle du président sortant. Dans le rôle de doyen d'âge, l'honorable Fonso Peter Choo aurait peut-être cautionné - de bonne guerre - cette fracture dans le camp du RDPC pour fragiliser le parti au pouvoir. Si la victoire de Adama Modi n'était pas assurée, elle aurait réservé des surprises désagréables ou tout au moins, elle aurait démontré une carence d'unanimité dans les rangs du Rdpc. C'est sans doute en prévision de ce climat d'incertitude que le député s'est retrouvé en séminaire à Londres au moment où se tenait l'ouverture de la session parlementaire. En son absence, c'est donc, l'honorable Joseph Mboui qui a hérité du fauteuil de doyen d'âge. Une situation qui va permettre au parti de Paul Biya de reconduire sans casses Cavaye Yeguie Djibril au perchoir.
Le couperet sur la tête des députés RDPC
Le vote du projet de loi modifiant et complétant certaines dispositions de la constitution du 18 Janvier 1996 s'est faite selon des règles très problématiques pour un pays qui se revendique démocratique comme le Cameroun. En fait, le secret du vote a été violé pour faciliter le passage en force de ce projet de réforme hautement politique que le pouvoir savait très impopulaire dans l'opinion. Trois bulletins de vote ont été remis à chaque député. Fait significatif, chaque bulletin portait le nom du député votant. Il y avait un bulletin vert pour le OUI, un bulletin rouge pour le NON et un bulletin jaune signifiant ABSTENTION. Le manège était donc parfait puisqu'au moment du dépouillement, il était possible de savoir avec certitude le choix de chacun des députés. Un vote défavorable vis-à-vis du projet présidentiel dont l'enjeu majeur était la suppression de la limitation des mandats présidentiels aurait exposé les députés récalcitrants du parti au pouvoir à de représailles. La cause étant entendue d'avance, il était inimaginable que la réforme de la constitution trouve des obstacles. La manigance était parfaite, le Rdpc en a tiré les bénéfices. Cependant, c'est un dossier dont pourrait se saisir sans le tribunal de l'histoire lorsque viendra le moment fatal de rendre les comptes.
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