Paresse : La jeunesse entre la misère et le désœuvrement
Chômage, prostitution, consommation d'alcool et oisiveté sont le lot quotidien des jeunes d'Akono
Par Mireille Léa NGUELE
C'est, regroupés sous un manguier, dans l'attente du vin de palme, que le reporter qui arrive au centre-ville d'Akono aperçoit une bande de jeunes. Non loin de là, une autre bande s'active à jouer au " Songho ". Il est dix heures du matin ! Une fois que le " bateau accoste " c'est-à-dire que dix litres de vin de palme arrive au point de vente, c'est une véritable ruée vers le porteur du liquide blanc. L'instant de quelques rasades et de commentaires surchauffés par une inévitable ivresse, ces jeunes, badauds, élèves en vacances, cultivateurs et débrouillards d'Akono regagnent leurs lieux de rassemblement. Pour quelques habitués, quelques gorgées de Harki, le whisky traditionnel parviennent à combler la pénurie de vin de palme. Le soir, ceux qui en ont les moyens se retrouvent dans les bars où les prix de la bière n'est pas accessible à tous.
La consommation d'alcool est très répandue à Akono en milieu jeune. Une situation qui amène les aînés et parents à désespérer de cette jeunesse. " Quand je veux cultiver ma plantation, je préfère aller chercher des jeunes gens à Yaoundé car ici, nos jeunes frères consomment tellement d'alcool qu'ils n'ont même plus la force de travailler " raconte Daniel Anicet Noah, natif de la région. Un jeune garçon rencontré dans une buvette de la place met en doute cette affirmation. " C'est vrai que je bois de l'alcool mais, ça ne m'empêche pas de travailler " confie t-il. Pour la gent féminine, la pratique de la " prostitution opportuniste " est très répandue. " Ici, il y a eu des colombiens qui sont venus construire une route. Aujourd'hui, vous pouvez voir les Egyptiens. Chaque fois qu'il y a des étrangers ici qui ont de l'argent, les filles de la région se laissent aller au vagabondage sexuel avec eux pour avoir de l'argent et les conséquences qui s'en suivent sont catastrophiques ". Pour ce qui est des conséquences, il y a une importante propagation du Vih. En l'absence de statistiques officielles, une source fait savoir que plus de la moitié des jeunes sont infectés par le Vih-Sida. Des chiffres alarmants qui ne semblent pourtant pas beaucoup émouvoir dans la localité. Un observateur de passage dans la région s'étonne du désœuvrement qu'il constate. " Comment les jeunes peuvent-ils rester là à s'amuser alors qu'il y a des terres cultivables, des eaux pour pêcher, de la forêt pour chasser ? Même le vin de palme manque alors que j'aperçois d'ici des palmiers ? " se demande t-il.
A ces questionnements pertinents s'oppose cependant la dure réalité d'une jeunesse dont les rêves de réussite se sont noyés depuis longtemps dans les plaisirs d'une vie qu'elle envisage sans lendemain.
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